prise de tension : 
quel appareil choisir ? 

 

A Bon Entendeur
11 décembre 01

 

 


L’hypertension est un vrai fléau. C’est une affection sournoise, parce qu’elle est sans douleur et sans symptômes. L’hypertension a même été baptisée « tueur silencieux ». C’est un facteur de risque pour les maladies cardio-vasculaires qui sont responsables de 48% des décès dans les pays économiquement développés comme la Suisse, contre  22 % pour le cancer, par exemple, qui fait pourtant infiniment plus peur. Mais, avant de nous intéresser aux appareils qui mesurent la pression,  nous allons déjà répondre à deux questions: qu'est-ce que la tension et pourquoi devient-on hypertendu ?
   

 

La tension, c'est quoi exactement ?

 


Quand on parle de tension ou de pression artérielle, on parle de la même chose, mais on utilise deux valeurs. La tension est la mesure de la pression systolique, c’est la pression maximale au moment où le cœur se contracte, indiquée par le premier chiffre. La pression artérielle mesure la pression diastolique, qui est la pression minimale quand le cœur est au repos.

Pour que la pression soit considérée comme normale, elle doit être inférieure à 130 sur 90. Mais plus elle est basse, plus le risque cardiovasculaire diminue. On parle aujourd’hui de pression idéale située en dessous de 120 sur 80.

La pression artérielle varie beaucoup au cours de la journée. Elle est la plus haute le matin lors du réveil. C’est souvent à ce moment-là que surviennent les accidents cardiovasculaires. La tension baisse quand on a une activité tranquille et peu stressante et elle remonte lors d’un effort physique. Elle peut parfois monter très haut, ce qui n’est pas un problème. Ce n'est que si elle reste trop haute en permanence que l’on parle d’hypertension.

Pour mesurer la tension, il faut que la personne soit assise et calme. Si la tension est normale, tout va bien. En revanche, si elle est trop haute, même dans des conditions tranquilles, on ne peut pas encore parler d’hypertension. Une seule mesure ne suffit pas à poser un diagnostic. Il faut qu’un médecin mesure plusieurs fois, à plusieurs jours d’intervalle et à des moments différents de la journée, une pression trop élevée.

10% des hypertensions sont causés par des maladies rénales ou des sécrétions hormonales exagérées. Pour le reste, on parle d'hypertension artérielle essentielle. Celle-ci a une composante génétique importante et plusieurs gènes sont probablement impliqués. Cette hypertension est aggravée par l'obésité, une alimentation riche en sel et en graisses, le tabagisme, la vieillesse et le manque d'exercices physiques.

 

Bertrand Kiefer et Patrick Saudan répondent aux questions d'Isabelle Moncada dans notre rubrique médicale. Vous pouvez visionner cette séquence sur vidéo.

 

 

 

Procédure du test

 

Nous avons acheté 12 tensiomètres en choisissant les plus répandus sur le marché suisse romand. Ces appareils sont vendus en pharmacie, mais aussi dans les grandes surfaces. Il en existe deux types : ceux qui mesurent la pression au poignet et ceux qui se fixent au bras.

Dans certains cas, notre enquêteur a eu droit à une explication ou une démonstration sur la manière d’utiliser l’appareil. Ces explications se sont révélées d'un niveau très faible et certaines étaient carrément fausses.

Pour commercialiser un tensiomètre, il n'y a pas besoin d’une autorisation de mise sur le marché comme pour un médicament. Les fabricants n’ont aucune obligation de précision de mesure et la norme CE que l’on trouve sur certains appareils n’est pas une garantie de qualité, mais uniquement de sécurité. Le seul moyen de connaître la fiabilité de ces appareils, c’est donc de les tester.

La société européenne d’hypertension a mis au point un protocole qui permet d’évaluer ces appareils selon des critères stricts. Comme c’est long et délicat à tester, les hôpitaux universitaires de Genève et de Lausanne se sont partagé le travail.

Pour vérifier la fiabilité de ces tensiomètres, nous avons procédé à ce que l’on appelle un contrôle en Y. Deux spécialistes habitués à la mesure de tension vérifiaient ensemble le résultat de l’appareil testé en le comparant avec la colonne de mercure qui est l’outil professionnel utilisé dans les cabinet médicaux.

Pour chacun des 12 tensiomètres de ce test, nous avons mesuré 45 valeurs de pressions. Nous avons également choisi trois patients différents : un avec pression basse, un avec une pression moyenne et un avec une pression élevée.

Il faut préciser que ces appareils ne sont pas remboursés par l’assurance de base.

Certaines assurances complémentaires participent aux paiement de ces appareils. Cela vaut la peine de se renseigner auprès de votre caisse-maladie pour savoir si elle rembourse ce genre d'appareil. Sinon, il est plus simple de demander une ordonnance à votre médecin, indispensable pour se faire rembourser, et d'envoyer la facture à votre caisse en précisant que vous êtes au bénéfice d'une complémentaire. Vous verrez bien ce qu’elle vous répondra.
   

 

Les résultats

 

Mais le prix n’est pas le seul critère. Il y a l’aspect pratique et surtout la fiabilité de ces appareils dont il faut tenir compte. C’est précisément ce que nous avons voulu tester:

Ce test a été piloté par le Professeur Michel Burnier, responsable de la division d’hypertension et de médecine vasculaire au CHUV et à la policlinique médicale universitaire de Lausanne.Il a veillé au respect du protocole de ce test. Voici les résultats en commençant par les tensiomètres les moins fiables. 

Il se trouve que les cinq appareils qui ont été jugés mauvais se fixent tous au poignet :

 

Le Braun BP 2510, 149 francs, en grande surface

Le Philips HF 320, 129 francs, en grande surface

Le Omron R5-I, 200 francs, en pharmacie 

Le Miostar WS-Eco, 159 francs, à la Migros 

Le Nais EW 285, 249 francs, en pharmacie 

Le Professeur Michel Burnier pense que ces résultats concernant les appareils au poignet "confirment les impressions qu’ont les médecins traitants qui, en général, ne recommandent pas ce type d’appareil,  ainsi que toutes les sociétés d’hypertension, parce qu’ils sont moins précis. C’est assez clair, les cinq appareils arrivent en queue de liste dans l’évaluation et je crois qu’il y a plusieurs raisons. Ce n'est pas la mauvaise utilisation des appareils qui est responsable des mauvais résultats, mais plutôt le fait que, techniquement, ces appareils sont un peu inférieurs et aussi liés à l’anatomie. En effet, au niveau du poignet, nous avons tendance à avoir une pression plus basse qu’au niveau du bras."

Quatre appareils sont jugés moyens. Ils mesurent tous la pression au bras.

Le Miostar OC-A2, 170 francs, à la Migros

Le Hartmann HG 160 Confort, 170 francs, en pharmacie

Le Omron MIT, 225 francs, en pharmacie

Le Boso compact 2, 120 francs, en pharmacie

Pour le Professeur Michel Burnier, "la raison pour laquelle ils sont intermédiaires est que leur fiabilité n’est pas égale quel que soit le niveau de pression du patient. En principe, un appareil idéal devrait être précis que le patient soit normotendu ou qu’il soit hypertendu. Nous voyons que ces appareils marchent en général très bien. Ils sont très fiables quand le patient à une pression normale. Mais, à partir du moment où sa pression est élevée, on commence à avoir des résultats aléatoires et qui manquent de précision. C'est le fait qu’ils ne sont pas homogènes à tous les niveaux de pression qui fait qu’ils sont un peu moins précis que la première catégorie."

Dans la première catégorie, c’est-à-dire les appareils jugés bons, on trouve trois marques. Là aussi, ce sont tous des brassards :

Le Philips HF 305, 169 francs, en grande surface

Le Boso Medicus, 198 francs, en pharmacie

Finalement, le plus fiable, qui est aussi le moins cher de ce test, c’est le Miostar OC-S2 vendu 95 francs à la Migros.
(Cet appareil n'est malheureusement plus disponible alors qu'il se trouvait bien en vente lors des contrôles effectués par ABE la semaine précédant l'émission et qu'il figure toujours sur le catalogue distribué par Migros dans ses points de vente. Si vous désirez acheter un appareil performant, il faut donc choisir l'un des deux autres modèles qualifiés de bons par nos experts.)

Le Professeur Michel Burnier nous explique pourquoi ces appareils sont les meilleurs: "Ces appareils sont recommandables à l’utilisation et à l’achat puisqu’ils ont une bonne précision dans tous les niveaux de pression artérielle, que vous soyez normo, hyper ou hypotendu. Elle correspond à ce que l’on peut obtenir par l’auscultation du médecin, donc ce sont des appareils de bonne qualité qui peuvent vraiment aider à la prise en charge du patient."

Selon lui, c'est aussi une bonne idée d'utiliser l'appareil de ses grands-parents, par exemple quand on est en visite chez eux, puisque "... nous savons que, la plupart du temps, l’hypertension est découverte par hasard au gré d’un check-up ou d’une campagne de sensibilisation. Donc, si un membre de votre famille a un appareil à la maison, je pense que cela vaut déjà la peine d’essayer et de se la mesurer. Cela vous donnera une indication. Si la pression est élevée, il ne faudra pas vous inquiéter. On ne fait jamais un diagnostic sur la base d’une seule valeur.  Mais, si vous avez plusieurs fois des mesures élevées, il serait utile de consulter un médecin et de confirmer le diagnostic par d’autres mesures. Il vaut mieux s'inquiéter à partir du moment où vous avez plus de 140 sur 90."

 

 

 

L’information principale à retenir, c’est que les appareils qui mesurent la tension au bras sont bien plus fiables que ceux qui se fixent au poignet. Pourtant, lors de ses achats, notre enquêteur s’est vu presque systématiquement proposer des appareils au poignet, soit 71, contre seulement 24 brassards. La majorité des pharmacies de Suisse romande propose, comme service à la clientèle, de mesurer la tension. Sur 27 pharmacies visitées par notre enquêteur entre Genève et Lausanne, 17 utilisent pourtant des tensiomètres au poignet.

Autre surprise de l’enquête, des prix totalement fantaisistes. Une chaîne d’électroménager propose exactement le même appareil dans deux magasins différents de la ville, l’un 30 francs plus cher que l’autre ! Et l’on trouve parfois, à 300 mètres de distance, un appareil identique avec des différences de prix de plus de 50 francs. Ça vaut donc vraiment la peine de comparer. Enfin, après la fiabilité et le prix, il reste un autre critère de choix important, c’est l’aspect pratique de ces tensiomètres.
   

 

L'aspect pratique des tensiomètres

 

A Genève, c’est Antoinette Pechère, médecin adjoint responsable de l’hypertension, qui a supervisé le test de la moitié des appareils, soit six tensiomètres. Nous lui avons demandé de commenter l’aspect pratique de ces appareils:

"Souvent, ils sont livrés sans mode d’emploi, sans explications. C’est dommage, car nous préférons donner un conseil adapté au patient. Certains appareils manuels ou semi-automatiques requièrent, par exemple, d’écouter les bruits. D’autres vont faire appel à la vue et d’autres vont demander une certaine habileté du patient. Tous ces éléments-là ne sont jamais pris en compte par les commerçants qui délivrent ces appareils. Nous essayons de donner un conseil qui va tenir compte de l'âge du patient, de son habileté,  de son ouïe, de sa vue et de son budget, car il y a vraiment de grandes différences."

Dans les hôpitaux universitaires de Genève et Lausanne, une infirmière spécialisée du service d’hypertension, ou un médecin, conseille les patients, sur rendez-vous, pour le choix d’un appareil et son maniement. Sinon, c’est le médecin traitant qui doit vérifier que le patient l’utilisera correctement à la maison et que l’appareil est fiable et adapté, ce qui n’est pas toujours le cas avec les tensiomètres du commerce: "Ce qui est dommage au niveau de la taille des manchettes, c'est que la plupart des appareils proposés ont une manchette unique qui ne tiendra pas compte de la circonférence du bras. Les patients qui ont un surpoids, ou même les patients qui sont athlétiques et qui ont un gros biceps, auront des valeurs, si mesurées avec une manchette trop étroite, qui seront surestimées. A l’inverse, si l'on prend une manchette flottante pour un enfant, on pourra aussi avoir des valeurs qui sont fausses. Pour ce qui est des appareils d’auto-mesure, un tout petit pourcentage propose une manchette qui est plus large et qui va tenir compte de la circonférence du bras."

On espère que le message est passé auprès des fabricants, car il est indispensable d’avoir une mesure fiable de la tension pour suivre le patient et ajuster son traitement.

 

Et encore quelques conseils...

 

Selon Bertrand Kiefer et Patrick Saudan, l'hypertension, c’est une surveillance et un traitement à vie. La mesure de la pression à domicile a vraiment un rôle de surveillance, et uniquement de surveillance, il ne faut surtout pas que les gens modifient leur traitement en fonction des résultats de la prise de tension. On voit trop souvent des personnes augmenter ou diminuer leur médication selon que leur mesures sont bonnes ou trop élevées, et ça c’est dangereux. Il faut consulter.
Pour ce qui est des tensiomètres qui mesurent au poignet, il faudrait les contrôler avec son médecin. Mais d'une manière générale, il faut prendre conseil auprès de son médecin avant l’achat, et après aussi pour les conseils d’utilisation.
Et pour optimiser la prise de tension, il faudrait cesser de fumer et boire du café 30 minutes avant et observer 5 à 10 minutes de repos avant la mesure.

 

 

 

 

  
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